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05 septembre - 17 octobre 2026

Maisons

Lieu de refuge, de mémoire et d’imaginaire, la maison est au cœur de cette exposition collective. Les artistes des pays de l’Est et des Hauts-de-France réunis ici croisent leurs regards. Ils proposent des approches multiples : certains s’intéressent à son architecture, à ses volumes, à ses façades ; d’autres la réinventent sous la forme de cabanes, d’abris ou de maquettes. Autour d’elle se déploient des récits où la végétation envahit les murs et les ruines, où le feu sculpte de nouvelles formes, où les traces laissées par les habitants témoignent de vies passées. Entre présence et disparition, intérieur et extérieur, réel et souvenir, chacun explore à sa manière ce que la maison révèle de notre rapport au monde, à l’habitat et à la mémoire.
05 septembre - 17 octobre 2026

Maisons

Lieu de refuge, de mémoire et d’imaginaire, la maison est au cœur de cette exposition collective. Les artistes des pays de l’Est et des Hauts-de-France réunis ici croisent leurs regards. Ils proposent des approches multiples : certains s’intéressent à son architecture, à ses volumes, à ses façades ; d’autres la réinventent sous la forme de cabanes, d’abris ou de maquettes. Autour d’elle se déploient des récits où la végétation envahit les murs et les ruines, où le feu sculpte de nouvelles formes, où les traces laissées par les habitants témoignent de vies passées. Entre présence et disparition, intérieur et extérieur, réel et souvenir, chacun explore à sa manière ce que la maison révèle de notre rapport au monde, à l’habitat et à la mémoire.
Au-delà de sa fonction première, la maison est une construction culturelle autant qu’un espace matériel. Elle organise notre rapport à l’intime, à la famille, au territoire, à la sécurité, mais aussi à la perte et au déplacement. Elle conserve les marques de ceux qui l’habitent, se transforme avec eux, puis parfois leur survit sous forme de traces, de fragments ou de souvenirs. C’est précisément cette instabilité qui traverse l’exposition : la maison n’y apparaît jamais comme une forme définitivement acquise, mais comme un espace soumis au temps, aux usages, aux bouleversements politiques, aux transformations du paysage et aux forces du vivant.

Avant même d’être un bâtiment, la maison est aussi une image profondément ancrée dans notre imaginaire. Quelques lignes suffisent à la faire reconnaître. Isabelle Cavalleri part de cette forme presque archaïque pour mieux la déstabiliser : répétée, transformée, traversée par des accidents, elle cesse progressivement d’être un symbole rassurant. Elle devient une structure mentale, capable de contenir simultanément le désir de protection et l’inquiétude. Les maquettes deJérôme Proginramènent elles aussi l’habitat à ses éléments fondamentaux : parois, ouvertures, passages, changements d’échelle. Habiter commence alors par un geste élémentaire, celui de délimiter un espace et d’établir une relation entre soi et ce qui se trouve au-delà.

Mais toute architecture protectrice porte en elle une dimension de séparation. Un mur protège autant qu’il exclut ; un abri peut devenir un espace d’isolement ou de contrainte. Cette ambiguïté apparaît fortement chez Sarah Feuillas. Du bunker de Oush Grab aux formes potentielles de Basement, jusqu’aux habitacles presque utopiques de Solar Shuttle, ses œuvres déplacent constamment la fonction de l’architecture. La question n’est plus seulement de savoir comment construire, mais pourquoi et contre quoi nous cherchons à nous protéger. Les petits Refuges d’Egor Plotnikov introduisent, dans un registre plus silencieux, cette même tension : confrontée à l’échelle réduite des architectures, la figure humaine semble mesurer tout à la fois la nécessité et la fragilité de l’abri.

La maison est également l’un des lieux où le temps laisse ses traces avec le plus de précision. Tant qu’elle est habitée, celles-ci restent souvent invisibles. Elles apparaissent lorsque l’architecture est abandonnée, détruite ou ouverte. Dans There Was a Home, Asya Marakulina part de bâtiments réels dont la disparition révèle brusquement les couleurs des pièces, les papiers peints, les carreaux ou les escaliers qui appartenaient autrefois à une intimité protégée. La maison détruite devient paradoxalement plus lisible : ce qui était caché derrière les murs se transforme en archive. Ces vestiges domestiques se chargent également d’une dimension historique et politique, alors que l’artiste relie ses souvenirs de bâtiments en ruine aux images contemporaines de maisons détruites par les guerres.

Chez Geoffroy Didier, cette archéologie appartient déjà au présent. En arpentant friches, chantiers, terrains vagues et bâtiments condamnés, il recueille des éléments qui deviennent les indices matériels d’un territoire en transformation. Prélever, conserver et déplacer ces fragments revient à rendre visible ce que la ville tend à effacer au moment même où elle se reconstruit. La ruine n’est plus ici l’image romantique d’un monde disparu : elle devient un outil pour comprendre les mécanismes de transformation du paysage urbain et la place laissée à ceux qui l’habitent.

Cette réflexion sur la permanence et la disparition traverse également les œuvres de Niki Neuts. Ses formes architecturales et industrielles apparaissent au sein de surfaces travaillées par l’encre, la cire, la pierre noire ou la matière. Les constructions semblent parfois émerger du support, parfois s’y absorber. L’architecture n’est plus une masse autonome et stable : elle se trouve prise dans un processus d’apparition, de transformation et d’effacement qui la rapproche du paysage autant qu’il la distingue de lui.

La matière possède cependant une mémoire qui peut dépasser celle des habitants eux-mêmes. La série Bois et Argent d’Egor Plotnikov en offre un exemple particulièrement concret. L’artiste utilise des fragments d’anciennes poutres de chêne qui faisaient autrefois partie du bâtiment où se trouve aujourd’hui la Galerie de l’Est et dans lequel les œuvres sont désormais exposées. Sur ces éléments d’architecture, il dessine à la pointe d’argent des paysages de la forêt de Compiègne. Le parcours du matériau se trouve ainsi symboliquement inversé : l’arbre devenu bois de construction, puis poutre intégrée à une maison, devient aujourd’hui le support de l’image de la forêt dont il provient. Présentées dans le lieu même auquel ces poutres ont appartenu, les œuvres font coexister plusieurs temporalités : celle de l’arbre, celle du bâtiment, celle de sa transformation et celle du paysage dessiné aujourd’hui. La maison n’est alors plus seulement représentée ou évoquée : une partie de sa matière réelle devient œuvre et revient habiter son propre espace sous une autre forme.

Cette continuité entre bâtiment et environnement se retrouve autrement chez Béatrice Meunier-Déry. Inspirées des maisons traditionnelles islandaises dont les toits de tourbe accueillent mousses, herbes et parfois de véritables microcosmes, ses Moss Houses brouillent la frontière entre architecture et organisme. La végétation n’est plus simplement ce qui entoure la maison : elle participe à son existence. Le temps très lent du tufting, réalisé fil après fil, fait écho à celui de la croissance des mousses et à la vulnérabilité de ces écosystèmes aujourd’hui menacés. La maison apparaît alors non plus comme une enclave séparée de la nature, mais comme une structure susceptible de cohabiter avec elle.

Chez Zulfiya Spowart, la mémoire de l’architecture passe par la transformation de l’image. Son installation trouve son origine dans un fragment de mosaïque d’un jardin d’enfants soviétique de Tachkent. Plutôt que d’en restituer fidèlement l’apparence, l’artiste la réinterprète à travers le lin cousu à la main, les tissus récupérés et les processus d’oxydation du fer. L’image architecturale devient ainsi une surface textile où les formes, les couleurs et les traces se modifient progressivement. Le sentiment d’être chez soi s’élargit au-delà des murs domestiques : il se construit aussi dans les lieux de l’enfance, du soin, de l’apprentissage et de l’appartenance collective. La mémoire n’y est pas envisagée comme une image figée à préserver, mais comme une matière qui continue d’évoluer avec le temps.

À travers ces œuvres, la maison apparaît comme un point de rencontre entre plusieurs échelles : celle du corps, de l’intime, de la ville, du paysage et de l’histoire. Sa permanence est toujours relative. Elle peut protéger et contraindre, être construite puis détruite, devenir archive, fragment, support d’une nouvelle image ou milieu pour d’autres formes de vie. Ce qui demeure n’est donc pas nécessairement l’architecture elle-même, mais les relations, les usages et les traces qu’elle a rendus possibles.

Peut-être est-ce précisément ce qui explique la force persistante de cette forme dans notre imaginaire : la maison matérialise notre désir de créer un lieu stable, alors même que tout ce qui la constitue - les êtres, les matières, les paysages et les sociétés - ne cesse de se transformer.

Commissariat : Clotilde Boitel

Artistes:

Isabelle Cavalleri
Geoffroy Didier
Sarah Feuillas
Asya Marakulina
Béatrice Meunier-Déry
Niki Neuts
Egor Plotnikov
Jérôme Progin
Zulfiya Spowart
Au-delà de sa fonction première, la maison est une construction culturelle autant qu’un espace matériel. Elle organise notre rapport à l’intime, à la famille, au territoire, à la sécurité, mais aussi à la perte et au déplacement. Elle conserve les marques de ceux qui l’habitent, se transforme avec eux, puis parfois leur survit sous forme de traces, de fragments ou de souvenirs. C’est précisément cette instabilité qui traverse l’exposition : la maison n’y apparaît jamais comme une forme définitivement acquise, mais comme un espace soumis au temps, aux usages, aux bouleversements politiques, aux transformations du paysage et aux forces du vivant.

Avant même d’être un bâtiment, la maison est aussi une image profondément ancrée dans notre imaginaire. Quelques lignes suffisent à la faire reconnaître. Isabelle Cavalleri part de cette forme presque archaïque pour mieux la déstabiliser : répétée, transformée, traversée par des accidents, elle cesse progressivement d’être un symbole rassurant. Elle devient une structure mentale, capable de contenir simultanément le désir de protection et l’inquiétude. Les maquettes deJérôme Proginramènent elles aussi l’habitat à ses éléments fondamentaux : parois, ouvertures, passages, changements d’échelle. Habiter commence alors par un geste élémentaire, celui de délimiter un espace et d’établir une relation entre soi et ce qui se trouve au-delà.

Mais toute architecture protectrice porte en elle une dimension de séparation. Un mur protège autant qu’il exclut ; un abri peut devenir un espace d’isolement ou de contrainte. Cette ambiguïté apparaît fortement chez Sarah Feuillas. Du bunker de Oush Grab aux formes potentielles de Basement, jusqu’aux habitacles presque utopiques de Solar Shuttle, ses œuvres déplacent constamment la fonction de l’architecture. La question n’est plus seulement de savoir comment construire, mais pourquoi et contre quoi nous cherchons à nous protéger. Les petits Refuges d’Egor Plotnikov introduisent, dans un registre plus silencieux, cette même tension : confrontée à l’échelle réduite des architectures, la figure humaine semble mesurer tout à la fois la nécessité et la fragilité de l’abri.

La maison est également l’un des lieux où le temps laisse ses traces avec le plus de précision. Tant qu’elle est habitée, celles-ci restent souvent invisibles. Elles apparaissent lorsque l’architecture est abandonnée, détruite ou ouverte. Dans There Was a Home, Asya Marakulina part de bâtiments réels dont la disparition révèle brusquement les couleurs des pièces, les papiers peints, les carreaux ou les escaliers qui appartenaient autrefois à une intimité protégée. La maison détruite devient paradoxalement plus lisible : ce qui était caché derrière les murs se transforme en archive. Ces vestiges domestiques se chargent également d’une dimension historique et politique, alors que l’artiste relie ses souvenirs de bâtiments en ruine aux images contemporaines de maisons détruites par les guerres.

Chez Geoffroy Didier, cette archéologie appartient déjà au présent. En arpentant friches, chantiers, terrains vagues et bâtiments condamnés, il recueille des éléments qui deviennent les indices matériels d’un territoire en transformation. Prélever, conserver et déplacer ces fragments revient à rendre visible ce que la ville tend à effacer au moment même où elle se reconstruit. La ruine n’est plus ici l’image romantique d’un monde disparu : elle devient un outil pour comprendre les mécanismes de transformation du paysage urbain et la place laissée à ceux qui l’habitent.

Cette réflexion sur la permanence et la disparition traverse également les œuvres de Niki Neuts. Ses formes architecturales et industrielles apparaissent au sein de surfaces travaillées par l’encre, la cire, la pierre noire ou la matière. Les constructions semblent parfois émerger du support, parfois s’y absorber. L’architecture n’est plus une masse autonome et stable : elle se trouve prise dans un processus d’apparition, de transformation et d’effacement qui la rapproche du paysage autant qu’il la distingue de lui.

La matière possède cependant une mémoire qui peut dépasser celle des habitants eux-mêmes. La série Bois et Argent d’Egor Plotnikov en offre un exemple particulièrement concret. L’artiste utilise des fragments d’anciennes poutres de chêne qui faisaient autrefois partie du bâtiment où se trouve aujourd’hui la Galerie de l’Est et dans lequel les œuvres sont désormais exposées. Sur ces éléments d’architecture, il dessine à la pointe d’argent des paysages de la forêt de Compiègne. Le parcours du matériau se trouve ainsi symboliquement inversé : l’arbre devenu bois de construction, puis poutre intégrée à une maison, devient aujourd’hui le support de l’image de la forêt dont il provient. Présentées dans le lieu même auquel ces poutres ont appartenu, les œuvres font coexister plusieurs temporalités : celle de l’arbre, celle du bâtiment, celle de sa transformation et celle du paysage dessiné aujourd’hui. La maison n’est alors plus seulement représentée ou évoquée : une partie de sa matière réelle devient œuvre et revient habiter son propre espace sous une autre forme.

Cette continuité entre bâtiment et environnement se retrouve autrement chez Béatrice Meunier-Déry. Inspirées des maisons traditionnelles islandaises dont les toits de tourbe accueillent mousses, herbes et parfois de véritables microcosmes, ses Moss Houses brouillent la frontière entre architecture et organisme. La végétation n’est plus simplement ce qui entoure la maison : elle participe à son existence. Le temps très lent du tufting, réalisé fil après fil, fait écho à celui de la croissance des mousses et à la vulnérabilité de ces écosystèmes aujourd’hui menacés. La maison apparaît alors non plus comme une enclave séparée de la nature, mais comme une structure susceptible de cohabiter avec elle.

Chez Zulfiya Spowart, la mémoire de l’architecture passe par la transformation de l’image. Son installation trouve son origine dans un fragment de mosaïque d’un jardin d’enfants soviétique de Tachkent. Plutôt que d’en restituer fidèlement l’apparence, l’artiste la réinterprète à travers le lin cousu à la main, les tissus récupérés et les processus d’oxydation du fer. L’image architecturale devient ainsi une surface textile où les formes, les couleurs et les traces se modifient progressivement. Le sentiment d’être chez soi s’élargit au-delà des murs domestiques : il se construit aussi dans les lieux de l’enfance, du soin, de l’apprentissage et de l’appartenance collective. La mémoire n’y est pas envisagée comme une image figée à préserver, mais comme une matière qui continue d’évoluer avec le temps.

À travers ces œuvres, la maison apparaît comme un point de rencontre entre plusieurs échelles : celle du corps, de l’intime, de la ville, du paysage et de l’histoire. Sa permanence est toujours relative. Elle peut protéger et contraindre, être construite puis détruite, devenir archive, fragment, support d’une nouvelle image ou milieu pour d’autres formes de vie. Ce qui demeure n’est donc pas nécessairement l’architecture elle-même, mais les relations, les usages et les traces qu’elle a rendus possibles.

Peut-être est-ce précisément ce qui explique la force persistante de cette forme dans notre imaginaire : la maison matérialise notre désir de créer un lieu stable, alors même que tout ce qui la constitue - les êtres, les matières, les paysages et les sociétés - ne cesse de se transformer.

Commissariat : Clotilde Boitel

Artistes:
Isabelle Cavalleri
Geoffroy Didier
Sarah Feuillas
Asya Marakulina
Béatrice Meunier-Déry
Niki Neuts
Egor Plotnikov
Jérôme Progin
Zulfiya Spowart
Période d'exposition
5 septembre - 17 octobre 2026

Vernissage :
samedi 5 septembre de 17h à 20h,
en présence des artistes

Visite guidée :
samedi 19 septembre à 15h,
par la commissaire d'exposition Clotilde Boitel

Adresse :
2 promenade Saint-Pierre des Minimes
60200 Compiègne - France
+33 6 17 89 25 45

Ouvert les jeudis et vendredis de 14h à 18h, les samedis de 14h à 19h, les autres jours sur rendez-vous.

Entrée libre.
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