En dialogue avec les mythes
Pour sa troisième exposition à Compiègne, le peintre et sculpteur allemand Hans Mendler investit l’intégralité de l’Espace Saint-Pierre des Minimes, lieu artistique majeur de l’agglomération. L’exposition réunit 34 toiles, dont 16 œuvres issues de la série Zodiaque, ainsi que 8 sculptures en bois et 4 sculptures en bronze, offrant une vision ample et cohérente de son travail récent.
Poétique et profondément habitée, l’exposition En dialogue avec les mythes plonge le visiteur au cœur d’un besoin fondamental de l’humanité : comprendre l’existence et interroger le sens de sa propre présence au monde. Perdus dans l’immensité du cosmos, les êtres humains se sont toujours tournés vers des structures symboliques — les mythes — pour situer leur place dans l’Univers. Ceux-ci offrent à la fois des repères, un sentiment de protection, mais surtout une source d’inspiration et de résonance face à ce qui demeure mystérieux et irréductiblement insaisissable. Plus que de simples récits, les mythes font partie intégrante de la conscience humaine et appellent sans cesse à être réactivés par la création artistique.
C’est précisément cette fonction vivante du mythe que Hans Mendler explore dans son travail. Chez lui, le mythe n’est jamais un récit figé : il devient un corps actif, traversé par des forces, des souffles et des signes, semblable à un archipel de mémoires. Les toiles sont habitées par des apparitions — une tête inclinée, une silhouette, un profil animal, une écriture à demi effacée, un éclat rouge comme une blessure ancienne. Tout y est mouvement, tension et vibration.
C’est dans cet esprit que Hans Mendler a conçu, spécialement pour cette exposition, la série des Zodiaques. Loin de proposer une lecture exhaustive ou illustrative, l’artiste en présente huit signes, choisis comme autant de fragments d’un ensemble plus vaste, ceux qui ont suscité chez lui une résonance particulière. Présentées seules ou réunies, ces œuvres déploient une diversité formelle et chromatique qui évoque l’infini mystère de l’Univers auquel nous aspirons à prendre part. Tantôt discrètes, presque translucides, tantôt puissantes et dynamiques, les couleurs, formes et inscriptions dialoguent avec chaque figure zodiacale sans jamais en épuiser la charge symbolique.
Dans cette série, le zodiaque n’est plus un motif : il devient une présence. Les signes se transforment en formes organiques, parfois végétales, parfois totémiques. On croit reconnaître un Cancer, un Lion ou une Balance, avant que ces silhouettes ne se dissolvent dans un flux plus vaste, comme si elles retournaient à leur origine cosmique. Face aux grandes toiles, le regard perçoit la pulsation d’un temps archaïque, puisant dans la géologie, les forces de la nature et les premiers gestes graphiques de l’humanité.
Et pourtant, au cœur de cette intensité, se déploie une immense tendresse : celle du regard que l’artiste pose sur le monde, malgré sa violence. Les œuvres de Hans Mendler n’ont rien de démonstratif ou de prophétique. Il ne s’agit pas ici de prédire un destin, mais d’ouvrir un espace intérieur, une quête de reconnaissance de soi, où l’existence finie entre en dialogue avec l’infini.
Entrer dans En dialogue avec les mythes, c’est ainsi faire l’expérience sensible d’un débordement par la couleur, d’une peinture qui engage le corps, l’émotion et la pensée dans un même élan, en résonance avec le caractère sacré du lieu. Le mythe y devient un langage vivant, capable d’accueillir nos interrogations contemporaines et de les inscrire dans un temps plus vaste.